En janvier 1963, Paul Ricœur se montrait fort intéressé par le structuralisme auquel il avait déjà consacré d’importantes lectures (Rome, Entretiens Castelli). En juin 1963, lors d’un débat passionné avec C. Levi-Strauss, dans les locaux de la Revue Esprit, Ricœur conçut un violent rejet de la pensée structurale et ce ressentiment perdura chez lui jusqu’à son dernier ouvrage consacré à l’Histoire, en 2000. Initialement (jusqu’en 1979), cet anathème visait également A. J. Greimas et sa sémiotique. Puis, à la suite d’une série de rencontres universitaires et de débats publics avec Greimas, Ricœur en vint à un total changement de point de vue sur les travaux de Greimas, au point de lui enjoindre, lors de leur dernier débat public (en 1989) de ne pas prendre prétexte de ses recherches concernant la sémiotique des passions pour s’écarter de sa première sémiotique (celle qui de Sémantique structurale au Dictionnaire est désormais connue comme la « sémiotique standard »). Après quoi, Ricœur formula explicitement l’idée que la sémiotique standard avait élaboré une rationalité nouvelle, dont la force explicative était de nature authentiquement « théorique » et donc scientifique. Ce qui le conduisit à admettre que l’explication sémiotique pouvait s’avérer nécessaire, même dans le champ de l’Herméneutique, afin d’atteindre à un niveau de compréhension plus exact.